Le Manifeste d’Eating City

Ce sont les villes qui mangent. La nourriture, mais aussi, en quelque sorte, le territoire nécessaire pour produire cette nourriture. Les flux induits par l’alimentation d’une communauté urbaine sont intenses, importants et par voie de fait, inéluctables.

Désormais, plus de la moitié de la population mondiale vit dans les zones urbaines et cette tendance s’accélère toujours davantage: en 2030, la population urbaine dépassera 70%. Et si l’on considère banalement que les villes ne sont pas des zones destinées à la production agricole, alors on se trouve confronté à la réalité inéluctable énoncée plus haut.

Les activités économiques ont évolué au cours des décennies précédentes; les politiques financières de courte vue ont entraîné la recherche spasmodique et parfois aberrante de solutions pour réduire les coûts de production, et en particulier le coût du travail, aboutissant ainsi à la standardisation des produits.

Aujourd’hui, face à une situation globale dans laquelle beaucoup de pays du vieux continent sont de moins en moins compétitifs sur le plan industriel, le secteur agro-alimentaire subit aussi les effets de la globalisation et délocalise ses productions vers des pays où la main d’oeuvre et l’énergie coûtent moins cher. Ceci entraîne deux effets négatifs : le chômage dans nos pays et l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre à cause du nombre croissant de kilomètres parcourus par les aliments que nous consommons.

Et pourtant le secteur agroalimentaire a connu, au cours des dernières années, une reconfiguration remarquable de la force de travail et des actifs, non seulement dans le secteur industriel, mais aussi dans celui de la production agricole: il suffit de penser par exemple à la reconversion et diversification des exploitations agricoles, souvent à l’initiative de jeunes. Mais dans ce même secteur agricole, il faut aussi prendre en compte l’afflux important de main d’oeuvre non spécialisée pour des travaux saisonniers: dans nos campagnes, sur nos chalutiers, toujours plus de personnes proviennent de pays tiers, souvent autours du bassin méditerranéen. Il y a donc un contraste avec d’un coté l’innovation, la création de nouvelles professionnalités et de l’autre des flux migratoires, non contrôlés, de main d’oeuvre déspécialisée.

Dans les pays européens on relie de plus en plus le terme “agro-alimentaire » à la nutrition plutôt qu’à l’alimentation. La nourriture n’est plus seulement une question de quantité mais aussi et surtout de qualité. Et c’est certainement dans la typicité, l’identité et la valeur nutritionnelle que se joue le futur de l’agriculture comme celle du bassin méditerranéen.

La conscience toujours plus forte du lien entre nutrition et santé nous amène à considérer l’influence des orientations de la diététique sur la production et sur la consommation d’aliments (c’est le cas par exemple du poisson dont la place est renforcée dans les préconisations alimentaires).
La ville mange. Mange la nourriture, mais aussi, en quelque sorte, le territoire nécessaire pour produire cette nourriture. Les flux induits par l’alimentation d’une communauté urbaine sont intenses, importants et par voie de fait, inéluctables. Le développement durable considère tous les aspects de la filière: production, transformation, distribution, logistique et intègre plusieurs dimensions, comme par exemple la dimension environnementale avec les émissions de CO2 de certains aliments qui parcourent des milliers de kilomètres. Toutefois si le fait de mettre en valeur les productions locales (ou aliments zéro kilomètre) abaisse les émissions de gaz à effet de serre et dynamise l’économie locale, il réduit aussi la diversité de l’alimentation et en quelque sorte la valeur culturelle de la nourriture. Y a t’il un moyen de concilier de telles contradictions?

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