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Isabelle Lacourt

Pendant plus de 10 ans de recherche pour promouvoir le développement durable dans la restauration collective, nous avons été confrontés à la difficulté de définir clairement ce qui était durable et ce qui ne l’était pas. C’est pourquoi nous avons élargi notre vision basée sur l’analyse du cycle de vie, en considérant les impacts environnementaux, mais aussi sociaux, culturels,…des systèmes alimentaires. C’est aussi pour cela que nous avons fait évoluer notre perspective de la restauration collective vers une vision à l’échelle urbaine, en 2010, avec le projet Eating City.

Nous étions profondément convaincus et nous le sommes encore aujourd’hui, qu’il est nécessaire de développer une vision qui trace la voie à des politiques spécifiques pour la gestion des systèmes alimentaires urbains. Mais cet effort pourrait bien ne pas suffire si l’on considère uniquement le métabolisme urbain et les flux liés à l’alimentation en termes quantitatifs. En effet, de même que les efforts pour donner une exacte définition de la durabilité mènent à des débats sans fin, les discussions vont bon train pour délimiter un territoire type sur lequel construire un système alimentaire urbain vraiment durable, du point de vue de la logistique et des circuits de proximité par exemple …

Des textes comme le Protocole de Lima peuvent nous aider à recadrer notre réflexion et nous permettre de pondérer les priorités. Quand nous adhérons à la nécessité de reconnaître que : « la conscience de nos responsabilités partagées vis à vis de la planète est une condition de survie et un progrès de l’humanité« , nous concordons avec la nécessité d’un consensus global sur : « la proclamation et la recherche de droits universels ne suffit pas à régler nos conduites, les droits étant inopérants quand aucune institution n’a la capacité d’en garantir seule les conditions d’application« .

Les huit Principes de la « Déclaration universelle des responsabilités humaines » du Protocole de Lima nous portent droit à la notion de bien commun. Une récente analyse du livre  « THE ECOLOGY OF LAW » précise : « nous sommes maintenant face au choix de protéger les écosystèmes dont nous ne sommes pas propriétaires, ou bien de nous engager dans une lutte perdue d’avance contre notre disparition programmée« . En d’autres termes, « Nous sommes désespérément à la recherche d’un cadre juridique qui empêche la disparition des biens communs« . Dans un tel contexte, De même, « les lois ne devraient pas être perçues commes des instruments de violence ou de pouvoir, mais plutôt comme un soutien aux traditions et à la culture des populations souveraines« .

En reconnaissant l’interdépendance entre les communautés humaines et entre l’Humanité et la Nature, ces textes préparent la discussion sur la notion de bien commun et dans notre cas sur la reconnaissance que les aliments sont un bien commun et non des simple marchandises ou commodités.

  • La notion d’aliment bien commun induit la responsabilité partagée qui légitime les communautés à considérer les effets immédiats ou différés de l’alimentation sur la santé et l’envvironnement.
  • La notion d’aliment bien commun préconise qu’une minorité ne doit pas décider pour la majorité, sur une question aussi vitale.
  • La notion d’aliment bien commun unit les personnes…

… et quand on devient conscient de cela, alors on entrevoit les possibilités qui s’ouvrent à nous en adoptant cette logique de bien commun.

Bien sur, considérer l’alimentation comme relevant de la notion de bien commun requiert une générosité préalable qui peut sembler incompatible dans un contexte de restrictions budgétaires. Mais considérer les aliments comme un bien commun et non une simple marchandise donne aussi accès à des « actifs » immatériels qui font que la nourriture vaut plus que la somme de calories qui la compose. Et nous avons maintenant suffisamment d’exemples réuissis de projets ou bonnes pratiques pour démontrer comment cette sensibilité est un bon point de départ pour que chacun devienne acteur du changement de paradigme.

Eating City SC2015 United 4 Food