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Isabelle Lacourt

Que notre système alimentaire actuel ne soit pas soutenable ne fait pas un doute, mais en l’absence d’un scénario consensuel, les leader mondiaux cèdent à la tentation de continuer à privilégier l’efficience économique au détriment des impacts environnementaux. La ratification du Milan Urban Food Policy Pact par plus de 100 villes dans le monde souligne la volonté des centres urbains de jouer un rôle actif à travers de nouveaux modèles de coopération.

Les villes accueillent maintenant plus de la moitié de la population mondiale et ont conscience de leur capacité stratégique à conjuguer des intérêts sur une double échelle, locale et globale. Un contexte florissant de pratiques innovantes liées à la diversification de l’agriculture, du tourisme rural, ainsi qu’à la mise en place de systèmes alimentaires qualifiés d’alternatifs trouve écho dans un nombre croissant de projets d’agriculture urbaine, qui transforment les villes en des espaces de créativité sociale, où de nouvelles solutions sont expérimentées et  indiquent des voies prometteuses pour améliorer sensiblement la durabilité des systèmes alimentaires urbains (Schiff, 2013).

Une telle effervescence culturelle ne doit pas faire oublier que les villes ont déjà traditionnellement des compétences en matière de restauration collective et d’achat public responsable pour accélerer le changement de paradigme.

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Aujourd’hui, 40% des calories sont consommées hors foyer.  Le marché de la restauration collective dans sa globalité était estimé à €82 milliards pour l’Europe (EU-28) en 2013 (GIRA Foodservice, 2014). C’est faible si l’on compare ce chiffre aux €1.048 milliards de chiffre d’affaire de l’ensemble du secteur agroalimentaire (food and beverage industry, Fooddrink Europe, 2014), mais c’est quand même un montant suffisant pour envoyer un signal efficace. En démontrant combien une « ré-ingeniérisation » du service de restauration collective basée sur le remplacement des ingrédients semi-élaborés, industriels, par des produits frais permet de rehausser le niveau de qualité des repas , de nombreux pionniers ont préparé la voie pour une requalification du service de restauration collective (Lacourt et Mariani, 2015). Un effort est maintenant nécessaire pour renforcer l’intérêt des villes pour cette compétence traditionnelle trop souvent  externalisée au prix le plus bas.

En partant de la définition d’un code d’activité qui permette une correcte évaluation du poid économique réel pour cette activité qui se concrétise par la distribution annuelle de 21 milliards de repas sur le territoire européen. En reconnaissant également  l’impact potentiel de l’exemplarité pour promouvoir l’éducation alimentaire, l’inclusion sociale, l’économie locale. Mais aussi pour contraster les coûts induits du gaspillage alimentaire ou de la malnutrition dans les hôpitaux. Sans oublier que la restauration collective sert quotidiennement un repas à plus d’un citoyen européen sur six.

Par conséquent un tel levier économique semble vraiment approprié pour créer les conditions favorables à l’émergence d’un marché compatible avec les exigences de systèmes alimentaires durables. En parallèle l’exemplarité renforce la légitimité et l’efficacité des autorités locales pour sensibiliser la population et pour promouvoir des synergies avec la société civile afin de faire émerger des modalités de production et consommation alimentaires soutenables.

Schiff, R. (2013). The Role of Food Policy Councils in Developing Sustainable Food Systems. Journal of Hunger & Environmental Nutrition, 3(2-3): 206-228>

GIRA Foodservice, (2014), The Contract Catering Market in Europe 2009 – 2014 – 15 counties, for FoodServiceEurope, October 2014

Fooddrink Europe, (2014) Data & Trends of the European Food and Drink Industry 2013-2014.

Lacourt, I., Mariani, M. (2015). City Food Policies. Securing our daily bread in an urbanizing world. Le Château edizioni, Aosta. 176 p. ISBN 978-88-7637-186-8

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